Claude
de Ribaupierre.
On ne peut rêver plus beau nom. C’est celui
que Derib a choisi d’éluder.
Trois consonnes et deux voyelles frapperont plus sûrement
les esprits et fatigueront moins le poignet.
A 19 ans, Derib débarque
à Bruxelles, La Mecque de la bande dessinée
européenne, avec, dans ses bagages, deux ingrédients
indispensables à la réussite : de la passion
et du courage ; surmontés, il est vrai, d’un
zeste de talent.
En Suisse, d’où il vient, il n’y
a aucun professionnel qui exerce le neuvième
art. Qu’importe, il sera le premier et deviendra,
de surcroît, le mentor de Cosey.
Peyo, dessinateur et raconteur
d’histoire hors pair, l’engage illico. Derib
apprendra avec Walthéry puis Wasterlain à
conjuguer le verbe Schtroumpfer à tous les temps.
Mais Derib a l’étoffe des grands. Il ne
le sait peut-être pas encore mais d’autres
le pressentent et les opportunités s’offrent
à lui comme par enchantement.
On lui propose les scénarios de : “Pythagore”,
“Arnaud de Casteloup”, “Attila”,
“Yakari”, “Go West”,... il s’investit
dans tout avec la même fougue créatrice.
Pourtant, il sent que les histoires dont il est à
la fois le scénariste et le dessinateur se révèlent
d’une alchimie particulière.
Et la grandeur explose dans “Buddy Longway”,
saga écologique qui
prône l’épanouissement de la personne
humaine. Les héros évoluent dans le temps,
vieillissent et meurent. On ne l’avait pas encore
osé.
“Red Road” met en avant une réalité
politique et sociologique déroutante.
Viennent ensuite “Jo”, “Pour toi Sandra”
et
“No Limits”, drames sociaux insoutenables,
soutenus heureusement par la Fondation pour la Vie.
L’auteur sublime ici ses valeurs morales et philosophiques,
sa tolérance et ses coups de gueule.
Dans cette carrière quadragénaire,
Baudruche fait figure de récréation. Derib,
et c’est exceptionnel, tâte de l’illustration,
par amitié pour Bruno Senny, mais avec foi pour
défendre ses textes. Il est séduit par
la démarche originale qui consiste à changer
de dessinateur : “Chaque auteur apporte sa perception
de Baudruche et le lecteur découvre une autre
dimension du personnage ”.
Allez Claude, sers-nous encore
longtemps du Derib.
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